Illustration d'Eli Commins, directeur du programme artistique et culturel © Matrice

Comment Matrice va aider des artistes à diffuser leurs réflexions sur le numérique

Auteur de pièces de théâtre et de performances liées au numérique, Eli Commins a participé à l’ouverture de La Panacée, un centre consacré à l’art et à la culture contemporaine, situé à Montpellier. Anciennement chargé des politiques numériques dans le secteur de la création artistique au ministère de la Culture, il lance aujourd’hui le programme artistique et culturel de Matrice, qui se veut à la fois un espace d’expérimentation, de rencontres et de productions d’oeuvres sur le numérique et les mutations contemporaines. Entretien.


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Pourquoi un programme artistique et culturel à Matrice ?

L’idée de base est née avec l’envie de proposer un modèle de lieu et de communauté créative différent de ce qui existe aujourd’hui. Avec son programme culturel, Matrice va chercher la créativité ailleurs que dans le monde de l’innovation et crée des rencontres transdisciplinaires. Ce n’est pas le supplément d’âme qui vient se greffer aux autres activités, mais une volonté d’interroger toutes nos activités au prisme de l’art et des artistes. A cela s’ajoute l’envie d’ouvrir le lieu au public, comme un lieu culturel. En lançant ce programme culturel, on insiste sur la conception de la culture comme point de départ des rencontres. Douglas Gordon disait : “L’art c’est ce qui permet d’amorcer une conversation”. C’est ce que nous voulons incarner avec ce nouveau programme de Matrice. 

Quelles sont les offres proposées par le programme artistique et culturel de Matrice ?

Ce programme se décline en trois axes. Le premier vise à inviter des personnes extérieures à découvrir le lieu et à explorer différents aspects des cultures numériques par le biais des individus qui s‘y trouvent. L’idée, c’est de partager des actions, des pratiques. Concrètement le visiteur pourra avoir accès en ligne à une série de thématiques : le hacking, les arts numériques, la surveillance en ligne… Il pourra prendre rendez-vous avec la personne en charge de cette thématique à Matrice, qui animera ces rencontres en petit groupe. 

L’autre axe, c’est l’accompagnement. Nous encourageons les artistes qui sont dans une démarche de recherche, d’exploration des nouvelles technologies, pour aller vers des projets originaux et novateurs. Ce programme de résidence d’artistes a trois thématiques : la représentation des données, (avec un tropisme pour ce qui n’est pas directement lié aux écrans), les formats hybrides et immersifs, et la dimension réflexive sur les mutations numériques contemporaines.

Enfin, Matrice présentera une programmation événementielle, avec un accent sur la musique et sur les performances. Y seront proposées également des rencontres, mais toujours dans la lignée du discours polysémique que nous souhaitons incarner. La contradiction et le débat y seront encouragés, tant dans le fond que dans les formats proposés.

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D’après vous, quel rôle les artistes ont-ils à jouer dans la transformation numérique à l’oeuvre ? 

Historiquement, les artistes ont été présents dans la construction même de ces cultures numériques. Certains ont essayé de développer des pratiques numériques ouvertes, gratuites, horizontales et indépendantes des pouvoirs économique et politique. Ils incarnent tout le versant utopique du numérique. Mais il y a aussi beaucoup d’artistes qui se sont engagés dans ces pratiques sans dimension critique. C’est donc assez difficile de parler des artistes en général. Ce que nous pouvons dire, c’est que les pratiques artistiques produisent un discours très structuré sur les abus nés du numérique, et sur la façon dont ces nouveaux outils formatent nos affects. Les artistes sont très présents sur ce terrain. Contrairement aux politiques d’ailleurs… alors que le sujet est essentiellement politique !

Le numérique “disrupte” nos sociétés. Quel impact cette disruption a-t-elle sur le monde des arts ?

Je me rappelle qu’au moment de l’affaire Snowden en 2013, les grands festivals liés aux cultures numériques ont connu un vrai changement d’ambiance. La Transmediale à Berlin, avec “After Glow”, a notamment illustré ce bouleversement, cette idée que : “la fête est finie”. D’un coup, tout cet espace numérique dans lequel on pouvait voir une forme de disruption positive a révélé sa face obscure, celle d’un système de surveillance généralisé. Donc autant vous dire que je ne vois pas la disruption d’un bon oeil ! Je m’intéresse davantage à la création artistique avec le numérique, mais qui n’est pas reconnue comme une pratique artistique par les institutions. Il existe aujourd’hui tout un pan de création qui n’a aucune espèce de légitimation par le secteur culturel. Entre les grandes institutions culturelles qui ne savent pas toujours comment diffuser ces créations nouvelles, et des initiatives plus commerciales comme celles que l’on trouve dans les jeux vidéos par exemple, je ne vois encore pas beaucoup d’intermédiaires émerger. Ce nouvel espace de diffusion qui donne une voix à des créations non reconnues et liées au numérique, c’est justement ce que j’aimerais créer avec Matrice.  

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