Anne Berlancourt de a LAB in the AIR Illustration Matrice

Qualité de l’air : “La révolution numérique est une chance extraordinaire pour faire bouger les choses”

Anne Berlancourt revient pour Matrice sur le projet Diams, qui veut mêler numérique et qualité de l’air. Une nouvelle matrice débutera en novembre 2019 sur cette thématique.


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Team @Matrice

Anne Berlancourt est la fondatrice de “a lab in the AIR”, un laboratoire d’innovation dédié aux politiques environnementales. La mission de a lab in the AIR est de contribuer à l’émergence de politiques environnementales efficientes et inclusives à l’ère du numérique, en s’appuyant sur une réflexion stratégique (think tank), la mise à disposition de ressources (living lab, virtual lab, impact lab), et des expérimentations. Avec le projet Diams, elle embarque Matrice, programme de formation à l’entrepreneuriat, et 8 autres acteurs publics et privés de la région Sud — Provence-Alpes-Côte-d’Azur : Métropole Aix-Marseille-Provence, AtmoSud, EcoLogicSenseAVITEMARIA Technologies, a lab in the AIR, Diams et l’association L’Air et moi.

La matrice Air Data doit répondre au projet Urban Innovative Actions de la Commission européenne. Pendant dix mois, des développeurs, des designers, des géographes, des urbanistes, des entrepreneurs, des sociologues, des environnementalistes, des biologistes… seront amenés à développer des solutions pour améliorer la qualité de l’air. Une aventure à la frontière entre la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat*… Anne Berlancourt développe ce qu’elle attend de ce partenariat. Entretien.

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Comment est né le projet Diams et à quoi entend-il répondre ?

Aujourd’hui, les politiques environnementales ne sont pas efficaces. Malgré les actions menées, personne ne s’empare du sujet. Et les décisions sont parfois déconnectées du quotidien des gens. Prenez l’exemple des feux de cheminée qui sont interdits à Paris. Appliquer cette norme à tout le pays, sans distinction, sans réflexion au cas par cas, c’est nier les spécificités et les traditions de certains territoires. De même pour les infrastructures, et la mobilité. Et le résultat, c’est un manque d’engagement de tous sur un sujet pourtant crucial : la qualité de l’air que nous respirons. Cet immobilisme a assez duré ! Or je pense que la révolution numérique représente une chance extraordinaire pour faire bouger les choses. Surtout, le numérique a fait exploser le système normatif qui empêchait les personnes atypiques de produire. Avec Diams, nous souhaitons dénicher tous ces “bras cassés” avec un fort potentiel de création, de codage, d’imagination, de leadership… bref tout ce qui n’est pas reconnu à l’école. Donc l’ambition du projet repose sur tous ces enjeux : revoir les vieilles politiques, arrêter la verticalité des décisions, se mettre tous autour de la table et en tirer de la valeur sociale, économique, écologique.

Quels genres de productions concrètes peuvent émerger grâce à cette démarche ?

Le premier objectif consiste à produire des infrastructures de données pour permettre à tous les acteurs de la qualité de l’air d’échanger leurs informations de la manière la plus fluide possible. Cela passe notamment par une synchronisation des différentes plateformes territoriales qui sont pour l’instant bien disparates. C’est un vrai défi technique ! Mais je pense que cela peut intéresser un profil de développeur.

Alors seulement pourrons-nous créer des services adaptés aux gens. Comme des services d’informations ciblées à destination des sportifs par exemple, pour les aider à améliorer leur performance. Ou encore pour l’entreprise qui souhaite construire une usine et mesurer les conséquences de ses scénarios sur la qualité de l’air.

On peut aussi réfléchir à une utilisation de la blockchain pour encourager les processus de démocratie participative et pour construire des politiques. C’est le dernier axe du projet, qui touche une petite partie d’informatique et surtout la sociologie et l’entrepreneuriat : trouver des mécanismes, qui vont de la monnaie virtuelle aux nouveaux emplois à inventer, qui aideront à accélérer toutes ces initiatives privées, individuelles et citoyennes.

Comment faire en sorte que l’entrepreneur potentiel travaille effectivement au bien de tous, tout en gagnant de la valeur ? Comment inciter les citoyens à faire remonter des données sur l’environnement et ainsi devenir acteur de la qualité de l’air ? Comment visualiser cet air, sur nos vêtements, dans des fonds de teint, grâce à des ruches connectées, que sais-je encore ? Le projet, c’est tout cela à la fois : créer une ruche collective pour inciter à échanger de la donnée, créer des services numériques, imaginer toutes les futures appli, services, concepts, qui pourront être utiles à l’utilisateur comme à l’entrepreneur.

“Il y a un manque d’engagement de tous sur un sujet pourtant crucial : la qualité de l’air que nous respirons. Cet immobilisme a assez duré !”

Comment un projet comme Diams encourage-t-il l’initiative et l’engagement citoyens ?

Un peu comme AirBnb ! Notre plateforme met en relation des consommateurs et des producteurs, en sachant que le consommateur, ici le citoyen, peut devenir producteur et y gagner lui-même quelque chose. Je pense que beaucoup de gens seraient intéressés à l’idée de valoriser ainsi leurs concepts, leur travail, leurs réalisations. Notre projet passe par un engagement actif. Il ne suffit plus d’écouter, aujourd’hui, il faut s’engager. Les citoyens doivent prendre le problème à bras le corps. On s’adresse à ces gens, qui ont envie de faire bouger les choses. Et je crois qu’il y en a beaucoup, aujourd’hui !

Qu’attendez-vous du partenariat avec Matrice ?

J’attends des participants de venir nous faire bouger, nous déranger, nous donner un regard différent, une nouvelle vision. J’attends aussi de pouvoir mobiliser de nouveaux talents, qui sont parfois difficiles à attirer sur ce genre de thématiques. Je pense aux développeurs, mais pas uniquement, aussi des personnes spécialisées en marketing, des sociologues, des politiques…

L’important est de vouloir travailler ensemble. Et le projet entend donner à tous la possibilité de développer ses talents de manière unique, et de croître, de multiplier ses compétences. Car le partenariat Matrice doit s’inscrire dans la durée ; derrière la matrice, le programme doit construire de vrais savoir-faire, exportables, valorisables, et moteurs de changement. C’est pour cette raison que l’aspect accélération entrepreneuriale est important. Les entrepreneurs qui créent un projet doivent pouvoir le faire vivre, et nous devons leur donner tous les moyens pour qu’ils aient vraiment un impact.

L’écologie, la qualité de l’air sont des sujets de plus en plus prégnants aujourd’hui. Le score des Verts aux Européennes ou le mouvement impulsé par la suédoise Greta Thunberg, en sont les exemples. Pourtant, le numérique, très consommateur d’énergie, est aussi la cible des critiques. Comment, d’après vous, le numérique peut-il nous permettre d’évoluer vers des sociétés plus vertes ?

Vous l’aurez compris, je ne suis pas de celles et ceux qui critiquent le numérique. Pour moi, le numérique est surtout synonyme de facilitation et apporte deux choses fondamentales. D’une part, un échange d’informations et de la donnée de haute qualité. D’autre part un changement culturel profond : la transparence, l’intégration et aussi l’entrepreneuriat construisent une culture plus adaptée à la gestion des communs. Par ailleurs, dans ma pratique personnelle comme professionnelle, j’associe bien davantage le numérique à des économies d’énergie et de pollution. Toutefois, la question des technologies énergivores vaut en effet le coup d’être posée, et pourra être intégrée au projet. J’aime cette approche d’’un numérique responsable !

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